LE PROCES DE LA DÉSINFORMATION

L’ancien chef des services de renseignements sud coréens condamné à 9 ans de prison, dans le cadre d’un nouveau procès pour « Astroturfing »

Vendredi 17 septembre 2021, une cour d’appel a condamné Won Sei-hoon, l’ancien chef du renseignement sud-coréen, à neuf ans de prison dans le cadre d’un nouveau procès pour ingérence politique.

La Haute Cour de Séoul a condamné Won, qui a dirigé le National Intelligence Service (NIS) de 2009 à 2013 sous l’ancien président Lee Myung-bak, à neuf ans de prison pour détournement de fonds publics, violant la loi régissant le statut de la NIS et abus de pouvoir.

Le tribunal l’a également suspendu de ses droits civils et politiques pendant sept ans.

La peine initiale a été augmentée d’une peine de sept ans de prison et d’une suspension de qualification de cinq ans prononcée par le même tribunal l’année dernière, l’acquittement d’une partie de ses accusations d’abus de pouvoir ayant été annulé.

La cour d’appel l’avait précédemment condamné pour avoir infligé des pertes aux caisses de l’État, en siphonnant environ 11 milliards de won (9,3 millions de dollars) de fonds du NIS pour embaucher des civils afin de déformer les opinions sur le cyberespace et de présenter des groupes libéraux comme des militants pro-nord-coréens dans le but d’aider les précédents gouvernements conservateurs. Une opération d’Astroturfing politique rondement menée.

Il a également été reconnu coupable d’avoir versé un pot-de-vin d’environ 200 millions de won au Président Lee et à son frère, provenant directement des fonds secrets de l’agence.

Il était également inculpé de 13 chefs d’abus de pouvoir différents, notamment en ordonnant à des agents du NIS de suivre l’épouse de l’ancien président libéral Roh Moo-hyun et de feu l’ancien maire de Séoul Park Won-soon, mais le tribunal l’a blanchi de tous.

En mars, la Cour suprême avait renvoyé l’affaire, affirmant que les accusations d’abus de pouvoir de Won devraient être traitées plus sévèrement, compte tenu du statut juridique spécial et de l’influence de l’agence d’espionnage.

Vendredi, la Haute Cour l’a reconnu coupable d’abus de pouvoir dont il avait été acquitté en plus d’autres condamnations antérieures.

« Les actions de Won ne sont pas pertinentes au regard de la sécurité nationale, raison d’être du NIS, et constituent une ingérence dans la politique, en violation de la neutralité politique requise pour l’agence en vertu de la constitution »

HAUTE COUR DE SEOUL

Par ailleurs, l’ancien directeur du NIS a vu sa peine de quatre ans de prison confirmée par la plus haute juridiction en avril 2018 pour avoir ordonné à des agents du NIS de publier des commentaires en ligne pour influencer l’opinion publique en faveur de l’administration Lee puis du candidat conservateur Park Geun-hye au cours de l’année 2012. élection présidentielle. Park a battu de justesse son rival Moon Jae-in pour succéder à Lee.

Après que Moon a été élu président en 2017 à la suite de la destitution de Park pour corruption et abus de pouvoir, l’accusation a réexaminé les méfaits passés du NIS et Won a été inculpé à neuf reprises entre décembre 2017 et décembre 2018.

Astroturfing ?

L’astroturfing, le similitantisme, la contrefaçon de mouvement d’opinion ou la désinformation populaire planifiée ou orchestrée, désigne des techniques consistant en la simulation d’un mouvement spontané ou populaire à des fins d’ordre politique ou économique pour fabriquer l’opinion, notamment sur internet. Cette tentative de manipulation fait référence à la pelouse artificielle de marque AstroTurf, utilisée dans les stades. Elle consiste à simuler un mouvement citoyen, venu de la base (appelé « grassroots movement » en anglais américain).

Historique

Et tu, Brute ?

Dans Julius Caesar (1599), William Shakespeare met en scène un Cassius faisant parvenir de multiples missives censées émaner de différents citoyens romains: celles-ci expriment leur hostilité envers Caesar à Brutus, dans le but d’inciter ce dernier à participer au coup d’Etat initié par l’assassinat de l’empereur.

Richard Nixon disposait d’une équipe à la Maison Blanche en charge d’écrire ce qui apparaissait dans les colonnes des principaux médias américains comme du « courrier des lecteurs » encensant sa politique.

C’est le sénateur du Texas Lloyd Bentsen qui utilise le terme astroturfing pour la première fois en 1986. Il raconte que de nombreux courriers qui lui sont envoyés soi-disant par des citoyens sont en réalité une campagne de lobbying d’une compagnie d’assurance

NIS – National Intelligence Service – 대한민국 국가정보원

Le service de renseignement Sud-Coréen créée en 1961 sous le nom de Korea Central Intelligence Agency (KCIA ; 중앙정보부 – Agence Centrale du Renseignement de Corée) puis a pris le nom de Agency for National Security Planning (ANSP ; 국가안전기획부 – Agence pour la Planification de la Sécurité Nationale) en 1981 et a adopté son nom actuel en 1999.

La loi régissant l’agence de renseignement sud-coréenne (NATIONAL INTELLIGENCE SERVICE KOREA ACT)

Site internet de l’agence de renseignement sud-coréenne

Kim Jong-Pil, fondateur des services secrets , sorte de J Edgar Hoover, coréen
Kim Jong Pil et Douglas MacArthur en 1962
L’opération d’Astroturfing des élections de 2012

Dans la semaine précédent l’élection présidentielle de 2012

24,2 millions de tweets

ont été émis par les services secrets et l’armée dans le but de décrédibiliser le candidat de l’opposition

En juillet 2021, le gouvernement sud-coréen a proposé une loi pour lutter contre les « fake news » dans les médias. Mais ce projet de loi a fortement été décrié comme anticonstitutionnel par les journalistes sud-coréens, récemment soutenus par l’Association mondiale des journaux.

Une loi du Parti Démocrate contre les « fake news »

En juillet 2021, le Parti Démocrate, actuellement au pouvoir en Corée du Sud, a convoqué un comité spécial pour discuter d’un projet de loi sur la réforme des médias. À l’issue de la réunion, le parti a proposé la mise en place de sanctions financières pour les organes de presse produisant de faux rapports.

Cette loi s’inscrit dans le cadre d’un nouveau système d’aide pour lutter contre les dommages causés par les « fake news » : il existe actuellement en Corée du Sud un système de compensation financière pour dédommager les victimes, mais il est souvent difficile de calculer le coût des dommages causés par une « fake news » et en cas d’impossibilité d’estimation, les compensations peuvent s’élever à près de deux millions d’euros. Le gouvernement sud-coréen cherche donc à responsabiliser les médias qui diffusent ces fausses informations, afin de limiter ces coûts.

Le comité spécial a par la suite précisé que la responsabilité des médias en question ne sera reconnue que si les « fake news » sont confirmées comme malveillantes. Les médias ne devront pas non plus payer s’ils ont fait suffisamment d’efforts pour vérifier l’authenticité de leurs informations et s’ils précisent dans leur article qu’une demande de vérification a été demandée.

Une réforme « anticonstitutionnelle » rejetée par les journalistes

Sans surprise, ce projet de loi n’a pas été bien accueilli par les médias sud-coréens.

Dans un éditorial, The Korea Herald a déclaré que ces sanctions financières pourraient entraver la liberté de la presse dans la mesure où elles inciteraient à la multiplication de poursuites infondées contre les médias. Ajouter des sanctions aux lois actuelles serait également excessif, d’autant plus que les victimes peuvent déjà obtenir des excuses publiques. En outre, la plupart des « fake news » voient le jour sur les réseaux sociaux, qui ne sont pas concernés par ces nouvelles sanctions.

Les journalistes estiment d’ailleurs que si le gouvernement s’inquiète réellement des dommages causés par les « fake news », il doit faire preuve d’exemplarité : les politiciens sud-coréens ont à de nombreuses reprises nié des allégations de la presse en proposant des contre-arguments sans fondement statistique ou factuel.

Six organes de presse sud-coréens ont donc joint leurs forces afin d’empêcher cette réforme, en collectant des signatures qu’ils soumettront le 20 août 2021 à la Maison Bleue et à l’Assemblée sud-coréenne. Selon eux, le risque de sur-réglementation que représente la loi s’opposerait à la liberté de la presse garantie par la Constitution et empêcherait les médias de critiquer le pouvoir politique et économique du pays. Ainsi, les organes de presse ont demandé à la Cour constitutionnelle de Corée de vérifier la constitutionnalité de la réforme.

La semaine dernière, ces organes de presse ont été soutenus par l’Association mondiale des journaux (AMJ), preuve du risque que peut représenter un tel projet de loi.

fake news
Des syndicalistes et des membres du Parti Pouvoir au Peuple (opposition) lors d’une manifestation contre la réforme, organisée début août par un syndicat de KBS

Face à la polémique, le Parti Démocrate a modifié son projet de loi en décidant d’exclure certaines catégories de personnes influentes des individus pouvant réclamer des dommages auprès des médias. Les personnes qui affirmeront avoir été victimes de « fake news » devront quant à elles prouver les dommages perçus.

Si les discussions avec le comité spécial continuent, le gouvernement a tout de même l’intention de faire passer la loi le 25 août 2021.

Publié par Yeji CHOI

Récemment diplômée d'une licence en Droit à l'Université Jean Moulin Lyon III, j'ai créé ce blog afin d'approfondir mes connaissances en droit coréen et français. 2021년 프랑스 장 물랑 리옹 3 대학교에서 법학을 졸업한 후 제가 알고 있는 대륙법과 한국법을 더 공부하기 위해 만든 블로그 입니다.

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