
Kim Yongmin étudie à la faculté de Hongik, à Séoul. Révolté par les années de dictature dont la Corée sort à peine à la fin des années 1990, il délaisse ses études d’arts plastiques pour rejoindre les mouvements de protestation estudiantins. Lors d’une manifestation pour la démocratie et contre la corruption, il est arrêté et conduit en prison. Le récit qui s’ensuit est d’autant plus fort qu’il est personnel, le héros de cette autofiction n’étant autre que l’auteur de l’ouvrage qui témoigne de l’histoire récente de la Corée.

Ma vie en prison © Kim Hong-Mo / Kana

Ma vie en prison © Kim Hong-Mo / Kana

Ma vie en prison © Kim Hong-Mo / Kana

Huis clos pénitentiaire
À travers son personnage, Kim Hong-mo raconte avoir découvert à l’université la vérité sur les événements de Gwangju. Ce soulèvement contre la dictature avait provoqué la mort de centaines de civils en 1980. « On m’avait dit que ce massacre avait été perpétré par des espions du Nord mais en réalité c’est le gouvernement militaire qui en est responsable », explique-t-il. Emprisonné sous le matricule 3 876, il fera, en 1997, huit mois de détention provisoire, dans une cellule exiguë où le prisonnier politique cohabite avec des gangsters.
Ce manhwa – bande dessinée coréenne – décrit avec minutie la vie monotone dans la maison d’arrêt de Yeongdeungpo. Le réalisme de ce huis clos pénitentiaire est souligné par un dessin en noir et blanc. La silhouette des personnages, aux traits marqués, est adoucie par un lavis à l’encre de Chine. Sourire en coin, l’œil vif, Kim Yongmin apparaît ainsi comme un jeune homme déterminé et espiègle.
Détenus dépeints avec affection
Dans une cellule minuscule pour neuf détenus, on rencontre aussi Sang-hyeon, amateur de littérature, Chun-kil, petit malfrat, ou Jand Sopal, vieux gangster rangé. L’auteur les dépeint avec beaucoup d’affection, à l’image de la solidarité indéfectible qui s’est nouée entre les prisonniers. Yongmin, figure de l’étudiant révolté, peut compter sur le soutien de ses camarades d’infortune : « Tu dois continuer à porter la parole des étudiants pour la démocratie », lui rappellent-ils.

Ma vie en prison © Kim Hong-Mo / Kana
Durant sa détention, Kim Yongmin poursuit la lutte avec d’autres étudiants incarcérés, pour de meilleures conditions de vie et contre les humiliations. Il arrive ainsi à convaincre ses codétenus d’enfreindre la règle exigeant, au passage du directeur de l’établissement, de crier tous les matins le mot d’ordre : « Obéissance ! » Un symbole fort de la lutte pour la démocratie coréenne.

Ma vie en prison © Kim Hong-Mo / Kana
Croquant sa période carcérale et à travers elle, les grandes lignes de la vie politique et sociétale de la Corée du Sud, Kim Hong-mo nous conte en fait sa propre histoire ! Il nous offre une plongée dans l’histoire contemporaine de la Corée du Sud.
Avec ce récit nous suivons un jeune militant, conduit en prison en raison de son engagement politique.
Loin d’abandonner ses convictions si facilement, l’auteur nous fait vivre la naissance douloureuse d’une démocratie via son quotidien.
Une saine piqûre de rappel : la liberté d’expression est un droit chèrement acquis et qui n’est jamais irrévocable !

Autres ouvrages de Kim Hong-mo aux éditions Kana : L’Armée de la résistance et La Vie des gosses en Corée.

Ma vie en prison. Le récit d’un cri pour la démocratie
de Kim Hong-mo, traduit du coréen par Yeong-hee Lim
Edition Kana, 224 p., 18 €

Découvrez gratuitement le premier chapitre sur le site de l’éditeur.
